La génomique : avenir de la médecine fonctionnelle ?

Durant ces derniers mois, on m'a régulièrement demandé mon avis sur la génomique

Cette approche, qui connaît un grand succès outre atlantique depuis un certain temps avec des entreprises telles que 23andMe par exemple, ou, plus proche de nous, le Dr. Mouton qui en parle régulièrement, commence à intéresser le grand public.

Voilà pourquoi, lors de mon dernier Mentorat, certains de mes élèves me demandaient s'il était pertinent ou non de faire l'analyse de son propre génome pour découvrir son patrimoine génétique, et donc par la suite, modifier son alimentation, etc. 

J'aimerais vous livrer ici même mon avis personnel, qui sera basé comme toujours sur mes recherches et ma compréhension du vivant. 

Que savons-nous des gènes, en 2024 ? Pas grand chose, avouons-le. La bio-ingénierie, le séquençage de l'ADN, toutes ces nouvelles approches de manipulation du génome peuvent paraître attrayante pour le grand public, mais force et de constater que ce domaine est loin d'être mature et les résultats sont très hasardeux. 

Que sont les gènes ? Depuis Darwin, nous comprenons qu'il peut se donner, d'une génération à une autre, des informations. Un héritage, des parents aux enfants, permettant la préservation de certains traits et caractéristiques de l'espèce, ainsi que certaines modifications

Les gènes semblent être les instructions qui permettent aux cellules de créer de nouvelles protéines, et ainsi maintenir l'intégrité du corps.

Seulement, depuis Darwin, nos connaissances ont évolué.

Les mutations hasardeuses, centrales dans le néo-darwinisme, ne suffisent plus à expliquer l'évolution. A celles-ci, il faut ajouter la Recombinaison Génétique, c'est-à-dire l'acquisition par une cellule ou une bactérie, de nouvelles combinaisons de gènes que n'avaient pas les parents de cet organisme.

Les limites de la génomique

Oui ! 

De son vivant, une simple cellule peut changer la forme de son propre génome.

Cela a été découvert chez les bactéries, les chercheurs ayant pu constater que ces dernières étaient capables de modifier 15% de leur génome chaque jour !! Cette quantité est tellement énorme que certains scientifiques ont proposé de ne plus utiliser le terme “d'espèce” pour définir les bactéries ! Les bactéries forment une seule et même microscopique toile de la vie (je vous laisse tirer les conclusions à notre échelle ;) )

La Recombinaison Génétique, conséquence évidente de ce que l'on appelle aujourd'hui l'épigénétique, s'applique bien entendu à nos propres cellules.

Ensuite, vient le concept de symbiogenèse

La symbiose est l'association réciproquement profitable de deux organismes vivants. 

Nous savons, depuis quelques décennies maintenant, que les bactéries et les virus qui vivent sur nos muqueuses, jouent des rôles capitaux pour notre santé. Mais il est parfois mal compris que cela implique également le transfert de gènes, depuis les bactéries et les virus vers nos cellules, via le processus de recombinaison génétique vu précédemment. 

Si nous nous prétendons réellement porteurs d'une pensée “holistique”, il faut comprendre réellement les implications découlant du fait de considérer le vivant sous formes de systèmes. Dans un réseau, un système, il ne peut y avoir de causes et de conséquences, mais uniquement un jeu d'inter-relations infinies, d'adaptations constantes et d'impermanences. 

Enfin, je tiens à porter votre attention sur le fait que la génomique est l'enfant de la pensée déterministe, qui tente d'expliquer les phénomènes globaux par la nature de leurs constituants. De la même manière qu'un neuroscientifique ne trouvera jamais les neurones responsables de la conscience, les gènes ne détermineront jamais notre santé. 

De plus, la génomique porte son attention sur les gènes codant des protéines. Sachez que ces gènes ne représentent que 1 à 2% de notre génome ! Le reste, soit 99%, dont le rôle reste inconnu, est vulgairement appelé “Junk DNA” - L'ADN poubelle ! 

Voilà une autre preuve que science sans conscience n'est que ruine de l'âme.

L'épistémologie devrait être enseignée à tous les scientifiques. 

L'outil que l'on utilise, peu importe le domaine, peu importe l'ancienneté de l'outil, est par essence limité. La génomique est limitée, et l'on s'en rend compte si l'on étudie l'histoire de cette approche et son développement. 

En épistémologie, nous avons appris au fil du temps que la forme gouverne la fonction. C'est d'autant plus vrai dans les sciences du vivant. Seulement voilà, c'est toujours plus facile de parler des fonctions, d'en émettre des théories, d'investir des sommes astronomiques pour de la recherche et de vendre des programmes en ligne basés sur ces théories qui prétendent connaître et expliquer, alors qu'au mieux, elles décrivent.  

Pour en revenir à l'ADN poubelle, constituant la quasi-entièreté de notre structure génomique, il se pourrait bien que cela soit la clé pour avancer dans notre compréhension de l'évolution, de l'hérédité et de l'épigénétique. Ces 99% de gènes sont le squelette même de nos chromosomes, et nous commençons à peine à l'étudier ! La forme qui donne naissance aux fonctionnements.

C'est comme si nous avions uniquement regardé jusqu'à présent l'antenne en haut de la Tour Eiffel, et que nous nous intéressions seulement maintenant à l'ensemble de sa structure ! 

Bref.

Un article pour vous répéter encore et toujours qu'il est nécessaire, au quotidien, d'étudier en profondeur les outils que nous utilisons pour apprécier le monde qui nous entoure. Sans cette étude, vous ne pourrez jamais déterminer les limites de vos approches, et, au fil du temps, vous serez aveugle à votre propre dogme. 

Étudier n'est pas utile, c'est nécessaire.

Centre de l'Hormèse

Sciences, philosophie & renforcement. Le centre de l'Hormèse fondé par Pierre Dufraisse.

Site conçu avec amour parl'Agence Toth